SPIDER
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.Retour à Spider – oeuvre, roman puis scénario cinématographique de l'écrivain anglais McGrath pour le réalisateur canadien David Cronenberg. Spider, le film.
.Sous-titres : le cercle ou le polygone ? Conflit et frottement. Le cercle comme succession de points, le polygone comme succession de segments. Pouvoir d'accessibilité au centre, de segment en segment par la toile d'araignée ou comment ne pas rester à la circonférence. (Circularité et tyrannie.) Tandis que sur/avec le cercle, on longe, on circule, on parcourt le temps circulaire ; voire : « on tourne en rond ».
Avec nous, le spectateur prend connaissance à l'arrivée imminente du dénouement que les segments représentent la défense vitale (et quasi-paranoïde vs paranoïaque-critique) de Spider : en témoigne donc la corde épaisse tendue de la poignée de la porte de la chambre de la pension à la patère située après/de l'autre côté de l'angle du mur. Par la suite, on assiste au début d'un cérémonial-rituel, celui de la fabrication de la toile de Spider (1), événement-clé (ou motif central) accompagné d'une remémoration, celle de Spider-enfant à l'ouvrage déployant sa toile piège, meurtrière, puisque reliée au robinet de gaz.
De même le triangle que forme la toile en corde et cordelettes au dessus de Spider-enfant couché sur son lit nous rappelle le premier des polygones mais aussi le « triangle français » ou « triangle amoureux » (évoqué et étudié par René Girard dans son Shakespeare) que forment ensemble Spider, son père, sa mère (2).
Autres triangles, autres contours menaçants, pointus, coupants : l'alignement des triangles qui forme le sommet de la barrière de bois, celle de la cloture de la maison que Bill referme derrière lui et son épouse : le crime ou la série de crimes s'annonce inéluctable (3).
Les fils tendus sur/dans les angles des murs de la maison, les outils pour travailler le bois, les pointes simples ou doubles sortent de leur boite, Spider le tueur – l'araignée tueuse – apparaît – Spider enfant aux pieds de Spider adulte.
Spider-enfant déroule le fil polysémique silencieusement ; alors qu'il est seul dans la maison, il agit et se déplace silencieusement telle une araignée. La toile funeste est déployée.
L'araignée intégrale, complète, est la symbiose, la fusion des deux Spider, des deux araignées, enfant et adulte enfin réunis ont (ou méritent) les huit pattes de l'arachnide authentique. Ainsi, il sera plus aisé d'atteindre le centre de la toile (ou de l'énigme) en fusionnant passé et présent, en s'échappant de la tyrannie du temps circulaire. Cette fusion ne va d'ailleurs pas sans rappeler la relation fusionnelle que Spider et sa mère entretenaient avant la métamorphose de cette dernière – métamorphose qui n'est pas étrangère, qui a entraîné comme on le sait celle de Spider.
Si aux yeux de Spider-enfant Bill le père a tué la mère pour renouer avec la femme désirable, l'amante, à nos yeux Spider a aussi tué sa mère – réellement, physiquement bien entendu, mais encore-et-surtout symboliquement – avec (si l'on peut dire) le savoir-faire d'une araignée nouvellement autonome : sa mère doit mourir dans le sens où Spider est précisément nommé et révélé par elle comme araignée ; elle, la mère-araignée qui a donné vie à une descendance doit être, se doit d'être « vide et sèche » (4) comme l'entend (comme le suppose) le récit (le récit en forme de conte, et donc la Nature, la Mère-Nature) de son enfance à elle qu'aime entendre Spider par sa bouche lorsqu'ils sont tous les deux. La seule scène où nous en sommes les spectateurs ou mieux les auditeurs privilégiés est justement celle où Spider assiste à la métamorphose de sa mère en femme maquillée pour séduire et sortir avec son mari au bar dans lequel lui, Spider, a tout récemment vu (et été vu par) une certaine Yvonne, la femme aguicheuse et vulgaire.
Spider entre ce soir-là dans le pub pour chercher et revenir avec son père au foyer familial : on aperçoit un plat polygonal sur le mur le plus proche de lui tandis qu'un miroir circulaire aux deux cercles reliés par des segments de rayons est situé derrière Yvonne et ses deux copines. Cette opposition des figures annonce et figure le départ de la dynamique de l'énigme et ses principes géométriques vs symboliques, mais aussi ses difficultés, sa complexité ; le duel des figures et avec lui le duel des narrations mnésiques. Peut-être aussi la difficulté multiple et polymorphe – d'un choix, d'une figure de recoupement, de la vérification, de la symbiose, de la possibilité d'une impossibilité... bref, de la difficulté de l'accès-même au paradigme de la vérification et le temps nécessaire et imparti pour pouvoir accéder un jour à la volonté de vouloir comprendre et résoudre.
Notons encore que ces deux figures-motifs duelles sont d'ores-et-déjà annoncées par l'une des roues de la bicyclette (« cercle » et « rayons ») que voit ou croise Spider avant d'entrer dans le pub. Une seule roue, car l'autre demeure dans l'ombre.
L'opposition évoquée des figures pouvant être considérées comme presque ou quasi-identiques en apparence énonce par ailleurs la symbolisation d'un incessant et implacable aller-retour entre deux lieus réels et mnésiques, entre deux régions émotionnelles-psychosensorielles réelles et imag(in)ées, entre deux ensembles de conflits qui s'autoregénèrent dans son esprit et qui poussent peut-être malgré lui Spider à revenir sur les lieus de l'intrigue pour résoudre de tout son être l'énigme avec, en lui, les intrications tenaces, irrépressibles, enracinées – du trouble ; avec, implacablement intriquées en lui les racines du trouble.
Et en ceci Spider mérite déjà tout notre respect. Il a pris la décision de résoudre l'énigme, son énigme, tantôt circulaire et fermée tantôt segmen/taire/tée et offrant-imposant d'improbables sorties en forme de court-circuits. Il a choisi de résoudre son énigme à l'aide du recours à ce que nous pouvons concevoir comme une volonté hors du commun, primordiale (voire ''première''), avec comme seuls outils, avec à sa seule disposition sa propre mémoire fébrile et tourmentée, changeante, désagréable succession de circuits fermés et de courts-circuits perturbateurs. Et une détermination exemplaire.
Autre figure de confusion, de frottement psychosensoriel subtilement dédoublé : le gazomètre.
Métaphore d'une énergie naturelle telle la mémoire. Le gaz peut réchauffer mais il peut tuer. Il révèle un état particulier : ni liquide, ni solide, l'état gazeux (5).
Pour Spider, le gazomètre se laisse voir tantôt squelettique (la structure nue), tantôt plein, opaque, infranchissable (le silo).
Le squelette polygonal, une immense structure métallique se rapproche en quelque sorte de la structure de la toile d'araignée : structure arachnoïde, image du cheminement, de segment en segment, vers la possibilité d'une résolution de l'énigme ; structure géante pour une tâche immense. Elle rappelle les grandes roues arachnéennes du récit maternel.
C'est aussi en quelque sorte une fenêtre sophistiquée sur le ciel, sur l'espérance ; c'est la possibilité de la transparence ou du diaphane, du translucide. Mais c'est un translucide étrangement encadré. Ou encadrant...
S'oppose directement à cette structure squelettique imposante que l'esprit (ou le regard) peut aisément traverser, la vision sur le silo de gaz. Autrement dit, Spider nous met en présence du double de l'opposition déjà révélée en caractères plats sur les murs du pub. C'est maintenant la présence du plein, du lisse, de l'opaque, le réel infranchissable. Ce cylindre immense et opaque se propose comme impossible à pénétrer ou à traverser. Oppressant et ostile, il est l'opacité-même. C'est encore la figure ou l'image du temps circulaire, sans possibilité de résolution pour Spider, sans possibilité de raccourci. Aux yeux de Spider, c'est l'inaccessibilité à une idée existentielle et vitale telle cette possibilité d'un accès éventuel au centre de l'énigme. Le cylindre s'impose donc à lui comme une réalité tyrannique : le tyranniquement plein et circulaire, l'opaque, le régressif par son épaisseur impossible à jauger, très difficile à contourner. Mais pourra-t-il le détourner , aura-t-il ce pouvoir (6) ?
Pour Spider, le réel est si mystérieux par(-)ce qu'il cache ou fait mine de cacher, comme sa mémoire, qui cache quelque chose malgré (ou au delà de) sa volonté. Au delà du lisse et du plein. Le cylindre, oppressant, circularité fermée, fermement lisse et robuste, inoxydable, impénétrable et tyrannique, est le réel comme l'est sa mémoire, opacité tyrannique, forclose, Piège parmi les pièges. Pourtant Spider doit simultanément convoquer une mémoire précieuse et trop sûrement défaillante, et y remédier, à l'aide de sa seule volonté, de sa ténacité. Pourtant Spider doit (re-)découvrir les secrets et les moti/fs/vations de son piège, ses méandres, ses secrets de fabrication, (car) lui seul peut y parvenir et il le sait pertinemment. En reparcourant sa mémoire, sa toile mémo-comportementale, de segment (spatio-temporel-émotif) en segment, Spider articule son projet, il se donne les moyens de faire aboutir sa recherche, il veut faire face à la vérité, à force de détermination il parvient finalement à résoudre, il « résout son énigme » pour reprendre les mots de Lacan destinés à Joyce et à son oeuvre singulière.
1.
> XXX CITATION toile labyrinthe
2.
> René Girard, Shakespeare. Les feux de l'envie. Paris, Grasset, 1990. Convoquons en annexe un choix dans le texte du même auteur René Girard : la violence et le sacré (Paris, Grasset,1972) qui peut s'avérer volontiers utile en vue de certains éclairages.
3.
Le nom de la tenancière de la pension sonne aussi dans le monde sensitif-et-associatif comme un nom métallique et coupant, tranchant : Wilkinson. Le fer et son industrialisation, le ''fer de lance'' de la révolution industrielle débute sa fabuleuse carrière en Angleterre, berceau de La Révolution industrielle. À côté du fer : la vapeur, l'eau sous pression, l'eau à l'état gazeux. On verra d'autre part la mère se faire ouvrir le crâne par le coupant d'une pelle de jardin, outil de loisirs aussi bien qu'artefact des mines de charbon et donc de la Révolution industrielle ; triangle : charbon-minerais de fer-vapeur d'eau.
4.
> « vide et sèche » s'oppose au « plein et humide » ou « plein de gaz », le gaz(eux) est donc ce qui doit tuer la mère-araignée afin que Spider accomplisse le conte magique ou le récit majestueux – du souvenir maternel.
5.
> Mais c'est un ''plein de surface'', dans la surface. Le ciel est plein de vide, plein d'air. L'air est un gaz. Le ballon de gaz n'offre à voir que sa peau métallique, il est une ''poche remplie d'air'' nommé gaz. Et sa surface de protection reflète le ciel qui ''est'' plein d'air invisible. On est donc encore doublement en présence d'un frottement entre le visible et l'invisible, entre ce qui se donne à voir et ce qui est su, entre le lieu commun qui ne se dit plus et ce qu'il faut véritablement deviner, percer, voire réinventer.
6.
> On sait que Spider détourne le gaz de cuisine pour en faire un gaz tueur, il vide un peu le silo pour en remplir les narines et les poumons de la mère devenue à ses yeux méconnaissable, une fausse mère vulgaire et meurtrière, factice et falsificatrice de la vraie mère. Mais nous ne sommes pas à même de savoir si le gaz était uniquement destiné à sa mère (devenue à ses yeux) méconnaissable, ou à ses parents (devenus à ses yeux) meurtriers, ou bien à tout le foyer et donc à lui aussi.
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annexe :
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"La tyrannie, elle aussi, se caractérise essentiellement par l'instabilité. Mais ce caractère essentiel de la tyrannie qu'est l'instabilité devient lui aussi tyrannique ; il confirme le caractère tyrannique de la tyrannie."
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René Girard : la violence et le sacré ; Paris, Grasset ; 1972.
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"L'indice qui n'en paraît pas un, le détail auquel on ne prend pas garde la première fois, tant il semble infime, révèle son importance quand il reparaît sous une forme légèrement différente. Les épreuves successives d'un même original permettent de déchiffrer ce qui demeure indéchiffrable devant l'exemplaire unique. Elles fournissent l'équivalent ethnologique de ces Abschattungen, de ces appréhensions toujours partielles et toujours différentes qui finissent par assurer, dans la phénoménologie husserlienne, la perception stable et certaine d'un même objet, parce que la loi de leurs variations est finalement appréhendée. Une fois l'objet vrai correctement perçu, aucun double ne peut subsister ; la perception devient inébranlable ; toute information nouvelle ne peut que consolider et renforcer la forme définitivement repérée." p.274
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"Il y a, au niveau du désir, chez l'homme, une tendance mimétique qui vient du plus essentiel de lui-même, souvent reprise et fortifiée par les voix du dehors. L'homme ne peut pas obéir à l'impératif « imite-moi » qui retentit partout, sans se voir renvoyé presque aussitôt à un « ne m'imite pas » inexplicable qui va le plonger dans le désespoir et faire de lui l'esclave d'un bourreau le plus souvent involontaire. Les désirs et les hommes sont ainsi faits qu'ils renvoient qu'ils s'envoient les uns aux autres des signaux contradictoires, chacun d'autant moins conscient de tendre à l'autre un piège qu'il est en train de tomber lui-même dans un piège analogue. Loin d'être réservé à certains cas pathologiques, comme le pensent les psychologues américains qui l'ont mis en relief, le double bind, le double impératif contradictoire, ou mieux le réseau d'impératifs contradictoires dans lequel les hommes ne cessent de s'enfermer les uns les autres doit nous apparaître comme un phénomène extrêmement banal, le plus banal de tous peut-être et le fondement même de tous les rapports entre les hommes ( Voir, par exemple, Gregory Bateson, Don D. Jackson, Jay Haley and John Weakland, « Toward a Theory of Schizophrenia », in Impersonal Dynamics, Warren G. Bennis et al. Eds – Dorsey Press, Homewood, Illinois, 1964 – pp. 141-161.)."
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"Les psychologues auquels nous venons de faire allusion, ont parfaitement raison de penser que là où l'enfant est exposé au double bind, ses effets, sur lui, seront particulièrement désastreux. Ici ce sont tous les adultes, à commencer par le père et la mère, ce sont toutes les voix de la culture, dans notre société tout au moins, qui répètent sur tous les tons « imite-nous », « imite-nous », « c'est moi qui détiens le secret de la vraie vie, de la vie véritable... ». Plus l'enfant est attentif à ces paroles séduisantes, plus il est prompt et ardent à suivre les suggestions qui viennent de partout et plus désastreuses seront les conséquences des heurts qui ne vont pas manquer de se produire. L'enfant ne dispose d'aucun repère, d'aucune distance, d'aucune base de jugement qui lui permettrait de récuser l'autorité de ces modèles. Le Non qu'ils lui renvoient retentit comme une condamnation terrible. Une véritable excommunication pèse sur lui. Toute l'orientation de ses désirs, c'est-à-dire la sélection future des modèles va en être affectée. C'est sa personnalité définitive qui est en jeu."
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"Si le désir est libre de se fixer là où il veut, sa nature mimétique va presque toujours l'entraîner dans l'impasse du double bind. La libre mimesis se jette aveuglément sur l'obstacle d'un désir concurrent ¹ ; elle engendre son propre échec et cet échec, en retour, va renforcer la tendance mimétique. Il y a là un processus qui se nourrit de lui-même, qui va toujours s'exaspérant et se simplifiant." pp. 206-207
Spider Suite (October 2007) :
On sait que le père de Spider est plombier : encore du métal, encore un réseau (de canalisations et d'autres choses) ; on sait la symbolique de la tuyauterie transposée en anatomie ; dans le ''vulgaire'' il sagit bien entendu de l'appareil sexuel. Une tuyauterie où le liquide (l'eau) circule. Les actes sexuels verticaux, à la va-vite ont d'ailleurs lieu près de la rivière ou au bord du ''canal''. Si aux yeux de Spider, dans son régime du ''regard biaisé'' par ses propres fantasmes d'enfant (possessif, jaloux, aimant, ''dans les jupes de sa mère'') la femme souillée, la femme mouillée et mouillante est la femme vulgaire qui a pris la place de sa ''vraie'' mère, cela a tout lieu de renforcer encore l'histoire de l'araignée sèche qui ne peut-être que la mère (des petites spiders) morte, sèche et morte.
Pour Spider déjà enfant, le trop mouillée (le sexe vulgaire de la putain) et le sec (le sexe sec, convenable, sacré, sacralisé) sont deux entités féminines opposées : dans son esprit encore immature et posséssif, elles ne peuvent pas se confondre en une seule et même femme, sa mère par exemple. Pour lui c'est complètement inconcevable. Pour lui elles constituent une réconciliation ou une fusion ou une suite impossibles, injoignables. Ce sont deux versants qui ne peuvent se connaître : la mouillée tue l'autre, l'assèche.
Ainsi sa pureté et son idéalisme d'enfant hallucinent la réalité ou la réinventent et même encore dans le foyer sensé hébergé ''l'homme du présent qui enquête le passé''. Heureusement, la tenancière lui rappelle celle qu'il a déjà tuée : il faut trouver de bons outils d'artisans (ou de manuels) pour la tuer de nouveau. Des cordes sèches pour défendre son territoire sec. Des outils secs, dont le bois est vieux et sec – à l'image de son corps vielli prématurement – pour attaquer le fantôme de cette femme toujours mouillée.
En fait, face à la double contrainte, le sec-de déjà mort ou l'humide-mouillé, Spider est comme perdu et perdant. Il semble ignorer l'existence du lubrifiant qu'il soit physique ou psychique voire psychologique. Les rouages de son esprit ignore l'existence de l'huile ou d'un autre lubrifiant. Retour à la cuisine avec les anguilles luisantes et glissantes au milieu de la table. On dirait qu'il est convié à un rituel d'adultes et qu'il ne peut comprendre. L'anguille est Le poisson glissant par excellence et vraiment peu empoignable, malhaisé à manipuler sans qu'il vous glisse des mains : habilité des doigts, dextérité, doigté, clés, bref expérience des choses et des gestes ou, papier journal.
Voilà que ce dernier terme va à la préférence de Spider quand il veut se protéger du gaz(eux) qui a déjà tué. Il réagit, il protège sa peau moins comme une araignée que comme un batracien naturellement apte à respirer par ''la peau''. Encore qu'un enthomologiste saurait mieux nous instruire sur les propriétés/skills de l'arachnide et ses milliers d'espèces diverses et variées. Nous avons vu une espèce d'araignée s'en prendre à des poissons qui semblaient bien imposants.
Nous n'avons pas encore évoqué ou convoqué la triade récemment découverte à l'aide de la complicité captivante/capturée de la plus superbe des muses. Il est vraisemblable que Spider prend un plaisir et un soin particuliers à refaire des toiles d'araignée. Il célèbre ou commémore ce qu'il aimait faire pour se défendre et presque simultanément préparer une attaque ; construire ou mettre en place une stratégie face à une énigme vivante et vivace. Si l'attaque est trop forte il amènera le sec jusqu'au gazeux. Si la défense est trop faible ou trop sèche il hallucinera tout le reste de la suite des événements.
Il est possible et même intéressant de faire la proposition inverse : Construire une énigme est également loisible comme défense et attaquer révèle la créativité d'une stratégie (ici un dispositif-réseau sec – un mécanisme sec porteur d'un projet de mort – qui mène au gaz mortel) qui célèbre l'énigme.
Ce qui est sec (et vide) est déjà mort : mais le sec-et-mort a donné naissance au beau (une petite spider) et doit s'en aller et mourir d'après le conte maternel. Le presque-mort doit devenir encore plus sec par le gaz parce que le mouillé lui est intolérable. Le mouillé est l'inconnu ou le trop peu recommandable et même l'intolérable, l'impossible, l'inommable dans l'esprit de Spider, l'inconnaissable, l'injoignable.
Le mouillé est la jouissance féminine qui ne peut se superposer ni encore moins suivre ou succéder à la belle sécheresse, dont le destin naturel est de mourir après la naissance du petit ; celui-ci a grandi, "big spider" il sait la petite histoire et le monde ne doit pas aller plus loin que ce petit monde-là conté par la mère-araignée. Si le monde va plus loin alors le petit spider devient une véritable spider et il doit faire le travail que le réel-transformé-en-conte ne fait pas. Il prend le relais de la nature-même d'après sa propre et très succincte interprétation de la nature. Il devient ce sur-être, ce monstre dans un surmonde logique-et-monstrueux qui le lui demande, qui le lui impose de manière tout aussi inconcevable et monstrueuse. C'est un sur-être hybride : à la fois régressif, agressif, animal, archaïque et doué, inventif, créatif. C'est un hybride qui célèbre le sec jusqu'à sa symbiose avec le gazeux, jusqu'au meurtre.
Le monde du métal est un monde sec s'il n'y a pas de lubrifiant pour ses rouages. La révolution industrielle s'est fait dans ce pays (sur cette ile) avec les minerais, la houille et le feu. Avec des processus de fusion, avec des machines et des mécanismes, des fourneaux monstrueux par leur taille, par la chaleur qu'ils pouvaient contenir (retenir). D'énormes forces sont mises en jeu qui semblent ici imiter les fourneaux naturels de dame nature tout en lui ôtant des entrailles ses ''richesses naturelles'' la houille, les minerais, les métaux : l'homme de la révolution industrielle joue au sur-être et trace lui-aussi les lignes d'un assèchement qui semble alors sans retour.
Le début et la fin : train vs automobile
Le pétrole dont le caractère principal – la viscosité – semble irrémédiablement manquer à Spider, c'est encore cette source d'énergie dont il ne sait pas encore qu'elle va jouer un rôle considérable dans l'accélération de la révolution industrielle et technologique : les objets à tendance visqueuse, les polymeres, et toutes sortes de familles de plastiques sont d'autres aspects de la nature (al-)chimiquement ou artificiellement transmutée par suiions de transformations : les dérivés, les substances et surfaces plastiques translucides, opaques et toutes sortes de variantes, et puis à nouveau combinatoirement associés au gaz, d'autres matières, substances, lubrifiants, viscosités. Spider adulte porte une valise dont la poignée jaune transparent est un polymère. Spider enfant ne les connaît pas.
Pas d'automobiles non plus dans Spider sinon celle d'un nouvel hybride à la fin, une automobile en métal noir dont on voit les chromes... le film débute avec l'arrivée d'un train : double commémoration de la part de Cronenberg : la révolution industrielle et le cinéma ; double commémoration et donc frottement de deux mondes d'intensités ; sels d'argent en commun !
Notons encore que si la première révolution de conquête fut à la fois celle des outils et des armes, Spider doit se servir pour tuer une seconde et dernière fois fantasmatiquement "la Wilkinson survival'' d'outils traditionnels (en bois et en métal, qui sont encore en eux-mêmes des hybrides, des assemblages ''sur-naturels'' – que la nature ne fait pas) comme armes.
.ça se voit trop qu'il était en session-post-compression lg LMAO !!!
http://cabinedeglinguee.centerblog.net
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